Alors que plusieurs pays africains accélèrent leurs projets nucléaires pour sécuriser leur approvisionnement énergétique, une vérité s’impose : la construction des centrales et l’installation des réacteurs ne représentent que la partie la plus simple. Les défis majeurs se cachent ailleurs, comme l’a révélé une série d’entretiens menés lors de la Semaine mondiale de l’atome.

Au Kenya, où un projet de centrale de 1 000 mégawatts est en préparation sur les rives du lac Victoria, le professeur Lawrence Gumbe, président de l’Agence kényane de l’énergie nucléaire (NuPEA), rappelle que le pays travaille sur son programme nucléaire depuis soixante et un ans sans encore disposer d’un réacteur opérationnel. « Le vrai travail commence après la pose du premier béton », confie-t-il, évoquant trois piliers incontournables : la gestion des déchets radioactifs, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et, surtout, l’obtention d’une confiance durable de la population.
Des déchets qui ne disparaîtront pas demain
Contrairement aux énergies fossiles ou même à certaines renouvelables, le nucléaire produit des déchets dont la radioactivité persiste pendant des millénaires. Leur stockage sécurisé, leur transport et leur traitement exigent des infrastructures coûteuses et une expertise technique pointue. Le Burkina Faso, comme d’autres pays du continent, devra anticiper ces besoins bien avant l’allumage du premier réacteur.
Les experts interrogés par ESI Africa soulignent que les pays africains doivent dès maintenant investir dans des centres de recherche dédiés et des partenariats internationaux pour maîtriser ces technologies. Sans cela, le risque est de dépendre de solutions étrangères, au mépris de toute souveraineté.
Autre écueil : la pénurie de compétences. Former des ingénieurs, des techniciens et des gestionnaires capables d’opérer une centrale nucléaire prend des décennies. Le Kenya, malgré ses avancées, n’a toujours pas de personnel suffisant pour exploiter un réacteur en toute sécurité. L’Afrique devra donc combiner formations locales et transferts de savoir-faire, sous peine de voir ses projets ralentis par des retards humains.

Accès à l'électricité — %. Graphique généré via bntic.com/data/. Source : Banque mondiale (CC BY 4.0), interrogée par BNTIC FasoData le 31/08/2026. Pays : BFA = Burkina Faso ; KEN = Kenya.
Enfin, dernier défi et non des moindres : l’acceptation sociale. Les scandales liés aux déchets toxiques ou les craintes d’accidents (comme à Tchernobyl ou Fukushima) alimentent une méfiance tenace. Pour convaincre, les gouvernements devront associer les communautés locales aux décisions, communiquer de manière transparente et démontrer les bénéfices concrets de l’énergie nucléaire, notamment en termes de stabilité du réseau et de réduction des émissions de CO₂.
Une souveraineté énergétique à construire pierre par pierre
Pour l’Afrique, le nucléaire représente une opportunité de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et d’assurer une production électrique stable, cruciale pour son industrialisation. Mais comme le résume un régulateur cité par ESI Africa : « On ne construit pas une centrale nucléaire en cinq ans. On construit un écosystème ».
Le Burkina Faso, qui explore cette voie, pourrait s’inspirer des leçons kényanes : commencer par des projets pilotes modestes, renforcer ses capacités locales et bâtir une narrative crédible autour de la sûreté et de la transparence. L’enjeu n’est plus technique, mais systémique.
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