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L’Afrique passe en mode « 24/7 vert »

Cette semaine, deux projets phares ont confirmé que le continent africain n’est plus seulement un spectateur de la transition énergétique, mais en devient l’un de ses architectes les plus audacieux. En République démocratique du Congo, la première centrale solaire capable de fournir une électricité 100 % renouvelable vingt-quatre heures sur vingt-quatre a été mise en service au cœur du complexe minier de Kamoa. Une prouesse technique : 233 MWc de panneaux solaires couplés à un système de stockage par batteries, le tout pour alimenter un site industriel de près de 400 km². Pendant ce temps, en Namibie, le premier hub hydrogène vert entièrement solaire d’Afrique a été inauguré à Walvis Bay. Avec 5 MW de capacité, il combine panneaux photovoltaïques, électrolyseur PEM et stockage batterie pour produire un hydrogène destiné aux transports lourds, réduisant ainsi les émissions locales.

Ces deux réalisations, bien que distinctes par leur technologie, partagent une même ambition : libérer l’Afrique des contraintes des énergies fossiles, qu’elles soient importées ou locales. Elles illustrent une tendance de fond : la transition énergétique africaine n’est plus une option, mais une nécessité stratégique, portée par des acteurs privés et publics déterminés à sécuriser leur approvisionnement tout en réduisant leur empreinte carbone.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où les infrastructures énergétiques traditionnelles peinent à suivre la demande. En Afrique du Sud, les entreprises du secteur commercial et industriel (C&I) sont contraintes de réorganiser leurs opérations en raison des pénuries d’électricité persistantes, un phénomène qui rappelle les limites des réseaux centralisés et la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs énergétiques. Pourtant, malgré ces défis, le continent avance. Le SAPP (Southern African Power Pool) renforce les échanges d’électricité entre pays, tandis que des acteurs comme Ecoprogetti modernisent les lignes de production de modules photovoltaïques en Afrique du Sud, portant la capacité locale à 200 MW par an. Une avancée qui pourrait, à terme, réduire la dépendance aux importations de panneaux solaires.

Le Sénégal, quant à lui, a choisi une voie pragmatique : renforcer son autonomie énergétique en installant une centrale de 14 MW pour la mine d’or de Diamba Sud. Une solution clé pour un site isolé, mais aussi un pas vers l’intégration future des énergies renouvelables dans le mix énergétique national.

Ingénieurs supervisant une centrale solaire en Afrique, symbole de la transition énergétique verte
Une centrale solaire en Afrique, symbole de l'innovation énergétique verte sur le continent.. Illustration IA par BNTIC News

La souveraineté énergétique, nouveau Graal africain

L’énergie n’est plus seulement une question de développement : elle devient un levier de souveraineté. Cette semaine, une feuille de route nucléaire mondiale a mis en lumière l’intérêt croissant de l’Afrique pour l’atome. Vingt-deux pays du continent explorent désormais la voie nucléaire pour industrialiser leur économie, sous le cadre strict de l’AIEA. Avec des investissements prévus à plus de 100 milliards de dollars d’ici 2050, l’Afrique ne se contente pas de suivre la tendance mondiale : elle cherche à en devenir un acteur central. Cette ambition s’appuie sur un constat simple : sans énergie abondante, fiable et abordable, pas d’industrialisation, pas de création d’emplois, pas de réduction de la pauvreté.

Pourtant, cette quête de souveraineté ne se limite pas au nucléaire. Elle passe aussi par des solutions décentralisées, comme le montre l’exemple de la Californie, où une loi vient de faciliter l’accès aux panneaux solaires balcon. Une avancée qui pourrait inspirer l’Afrique dans sa quête d’indépendance énergétique, en démocratisant l’accès à l’électricité via des solutions individuelles ou communautaires. De même, l’Autriche a réorienté ses subventions vers le stockage d’énergie, une mesure qui rappelle l’importance de ne pas se contenter de produire de l’électricité verte, mais aussi de la stocker et de la distribuer efficacement.

Ces initiatives africaines s’inscrivent dans un mouvement plus large. La Chine, par exemple, a franchi un cap historique avec plus de 100 GW de capacité solaire installée dans la province du Jiangsu, dont 70 % issue de projets décentralisés. Une preuve que la transition énergétique n’est pas réservée aux pays riches, mais qu’elle peut être portée par des économies émergentes, voire en développement.

Pourtant, des angles morts persistent. En Afrique du Sud, les pénuries d’électricité obligent les entreprises à s’adapter en temps réel, révélant les faiblesses des réseaux vieillissants. Le SAPP, bien qu’en progression, reste confronté à des contraintes hydriques et techniques qui limitent son potentiel. Et si les projets solaires 24/7 ou hydrogène vert sont prometteurs, leur déploiement à grande échelle nécessite des investissements massifs, une stabilité réglementaire et une main-d’œuvre qualifiée. Sans ces conditions, le risque est de voir ces innovations rester cantonnées à des niches, sans impact transformateur sur le continent.

Accès à l'électricité — COD, NAM, SEN, ZAF
L’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne reste inégal, avec des écarts persistants entre zones urbaines et rurales.
Accès à l'électricité — %. Graphique généré via bntic.com/data/. Source : Banque mondiale (CC BY 4.0), interrogée par BNTIC FasoData le 29/08/2026. Pays : COD = République démocratique du Congo ; NAM = Namibie ; SEN = Sénégal ; ZAF = Afrique du Sud.

L’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne reste inégal, avec des écarts persistants entre zones urbaines et rurales. Selon les dernières données, l’accès à l’électricité varie de 30 % à plus de 80 % selon les pays, soulignant l’urgence de généraliser les solutions décentralisées comme le solaire hors réseau ou les micro-réseaux.

L’Afrique, future usine verte du monde ?

L’enjeu dépasse désormais le cadre national. Avec la montée en puissance des data centers et de l’intelligence artificielle, la demande mondiale en électricité ne cesse de croître. Aux États-Unis, la Tennessee Valley Authority (TVA) a validé un plan prévoyant la construction de centrales à gaz pour alimenter ces infrastructures, une décision qui contraste avec les ambitions vertes de l’Afrique. Pourtant, cette situation pourrait ouvrir des opportunités pour le continent. Si l’Afrique parvient à se positionner comme un hub d’énergie renouvelable, elle pourrait attirer des industries énergivores, comme les data centers, en misant sur son ensoleillement exceptionnel et ses ressources minières stratégiques pour la production d’hydrogène vert.

Cette perspective s’appuie sur des atouts structurels. L’Afrique possède 60 % du potentiel solaire mondial, selon l’IRENA, et des ressources en minerais critiques (lithium, cobalt) essentielles pour les batteries et les technologies vertes. En développant ses propres filières industrielles, comme le propose le Sénégal avec sa centrale de Diamba Sud ou l’Afrique du Sud avec ses lignes de production photovoltaïques, le continent pourrait non seulement sécuriser son approvisionnement, mais aussi devenir un acteur majeur de l’économie verte mondiale.

Pour y parvenir, plusieurs signaux doivent être surveillés dans les mois à venir. D’abord, la capacité des pays africains à lever les barrières financières : les projets solaires 24/7 ou hydrogène vert nécessitent des investissements colossaux, souvent difficiles à mobiliser sans garanties publiques ou partenariats public-privé. Ensuite, l’harmonisation des cadres réglementaires, comme le prévoit le SAPP, pour faciliter les échanges transfrontaliers d’électricité. Enfin, la formation des compétences locales, essentielle pour opérer et maintenir ces infrastructures innovantes.

Les scénarios sont multiples. Le plus optimiste verrait l’Afrique devenir d’ici 2035 un leader mondial des énergies renouvelables, grâce à une combinaison de centrales solaires géantes, de hubs hydrogène vert et de réacteurs nucléaires. Un scénario plus réaliste, mais toujours ambitieux, verrait le continent réduire sa dépendance aux énergies fossiles de moitié d’ici 2040, tout en développant une industrie verte exportatrice. Le pire des cas ? Une transition énergétique à deux vitesses, où seuls les pays bien dotés en ressources parviendraient à sécuriser leur approvisionnement, creusant les inégalités au sein du continent.

Le défi de l’équité : ne laisser personne sur le carreau

Pourtant, cette révolution énergétique ne doit pas reproduire les erreurs du passé. Trop souvent, les projets miniers ou industriels en Afrique ont été synonymes d’exploitation et de dépendance. Les centrales solaires 24/7 de RDC ou les hubs hydrogène vert de Namibie doivent impérativement s’accompagner de mécanismes de partage des bénéfices locaux, de transferts de technologie et de création d’emplois pour les communautés. Sans cela, le risque est de voir ces innovations devenir des « enclaves vertes », déconnectées des réalités sociales et économiques des pays hôtes.

L’Afrique a une carte à jouer. En misant sur l’innovation, la coopération régionale et une gouvernance transparente, elle peut transformer sa dépendance énergétique en une force. Les projets de cette semaine en sont la preuve : l’avenir de l’énergie ne se joue plus seulement en Europe ou en Chine, mais aussi à Kinshasa, à Walvis Bay ou à Johannesburg.

Le continent écrit sa propre histoire énergétique. À nous de veiller à ce qu’elle soit juste, inclusive et ambitieuse.

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