Uber vient d'écoper d'une amende historique de 825 millions d'euros (966 millions de dollars) pour avoir suspendu des milliers de chauffeurs européens via des algorithmes sans aucun contrôle humain, entre 2018 et 2022. Une décision qui marque un tournant dans la régulation des plateformes numériques et soulève des questions cruciales pour l'Afrique, où les services de VTC se développent rapidement.

Chauffeur Uber africain consultant son smartphone avec inquiétude après une suspension de compte
Un chauffeur africain confronté à une suspension algorithmique de son compte Uber, illustrant les enjeux de protection des travailleurs des plateformes numériques.. Illustration IA par BNTIC News

L'Autorité néerlandaise de protection des données (AP) a sanctionné le géant américain pour violation du Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui interdit les décisions automatisées ayant des conséquences juridiques ou significatives sans intervention humaine. Selon l'AP, Uber a utilisé des logiciels pour désactiver définitivement des comptes de chauffeurs, souvent sans préavis ni possibilité de recours, privant ces travailleurs de leur revenu du jour au lendemain.

Cette amende, la deuxième plus lourde jamais infligée sous le RGPD après les 1,2 milliard d'euros imposés à Meta en 2023, concerne des pratiques que Uber affirme avoir abandonnées : les suspensions liées à la fraude en 2021 et celles basées sur les notes des clients en 2022. Pourtant, l'AP a jugé que l'entreprise n'avait pas informé correctement les chauffeurs de ces processus automatisés, ni offert de garanties suffisantes contre les erreurs algorithmiques.

Un signal fort pour l'Afrique

Si cette affaire concerne principalement l'Europe, elle résonne particulièrement en Afrique, où les plateformes de VTC comme Uber, Bolt ou Heetch connaissent une croissance exponentielle. Plus de 300 000 chauffeurs africains travaillent pour ces services, selon des estimations sectorielles, souvent dans des conditions précaires où une suspension abusive peut avoir des conséquences dramatiques.

Au Burkina Faso, où le secteur informel représente plus de 80 % des emplois, les travailleurs des plateformes numériques sont particulièrement vulnérables. « Une décision algorithmique peut détruire des mois d'efforts pour un chauffeur qui dépend entièrement de cette activité », explique un observateur du secteur à Ouagadougou. La question de la transparence des algorithmes et du droit à un recours humain devient donc cruciale pour protéger ces travailleurs.

Uber a annoncé son intention de faire appel, arguant que les pratiques incriminées dataient de plusieurs années. Pourtant, cette décision pourrait inciter d'autres régulateurs africains à se pencher sur les pratiques des plateformes numériques, notamment en matière de protection des données et de droits des travailleurs. Le Kenya et le Nigeria, où Uber est très présent, disposent déjà de lois inspirées du RGPD, mais leur application reste limitée.

Pour les experts en droit numérique, cette affaire illustre un défaut structurel des plateformes : leur tendance à privilégier l'efficacité algorithmique au détriment des droits individuels. « Les algorithmes ne comprennent pas les nuances humaines, comme un chauffeur qui rate une course à cause d'une panne de réseau ou d'un problème de géolocalisation », souligne un juriste spécialisé en droit du travail numérique.

Cette condamnation pourrait aussi accélérer l'adoption de cadres réglementaires africains plus stricts pour les plateformes, à l'image de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui garantit le droit à un procès équitable. Une opportunité pour les pays comme le Burkina Faso de renforcer leur souveraineté numérique tout en protégeant leurs travailleurs.

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Source : SecurityWeek

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