L’industrie africaine du mobile money opère un virage stratégique : après des années d’expansion effrénée des utilisateurs, les acteurs du secteur se concentrent désormais sur la profondeur d’usage des services financiers. Une transition cruciale pour le Burkina Faso, où l’accès aux comptes mobiles a bondi, mais où l’épargne et l’investissement restent marginaux.

Salle de conférence du MTN Group Fintech Annual Summit à Johannesburg
Le MTN Group Fintech Annual Summit à Johannesburg a mis en lumière les défis de l'usage réel du mobile money en Afrique.. Illustration IA par BNTIC News

Lors du MTN Group Fintech Annual Summit à Johannesburg le 2 septembre 2026, les dirigeants du secteur ont souligné que les 26 millions de transactions quotidiennes enregistrées par Mobile Money Limited Ghana masquent une réalité moins reluisante : moins de 0,3 % des utilisateurs investissent activement, et seulement une minorité épargne régulièrement. « Décrire le marché ghanéen comme mature parce que l’usage est élevé est une erreur », a déclaré Shaibu Haruna, PDG de Mobile Money Limited Ghana, lors de l’événement.

Cette prise de conscience marque un tournant pour le mobile money, qui a longtemps été célébré pour son rôle dans l’inclusion financière. Au Burkina Faso, où 78 % des adultes détiennent un compte mobile selon les dernières données disponibles, la question n’est plus de savoir qui utilise ces services, mais comment ils les utilisent. Les opérateurs locaux, comme Orange Money et Moov Money, commencent à adapter leurs offres pour encourager l’épargne et les micro-investissements, des services encore sous-exploités.

Des chiffres qui révèlent un potentiel inexploité

Les données présentées lors du sommet révèlent un décalage criant entre l’adoption massive du mobile money et son utilisation concrète. Au Ghana, malgré un volume quotidien impressionnant, seuls quelques pourcents des utilisateurs recourent aux services d’épargne ou d’investissement. Une tendance qui se retrouve au Burkina Faso, où les transferts d’argent dominent largement les usages, tandis que les produits financiers plus complexes peinent à séduire.

Pour les experts, cette situation reflète un manque de confiance dans les services financiers digitaux, mais aussi un besoin criant d’éducation financière. « L’enjeu n’est plus l’accès, mais la qualité de l’expérience utilisateur », explique un analyste du secteur, cité par TechTrends. Les opérateurs misent désormais sur des interfaces simplifiées, des incitations fiscales et des partenariats avec les institutions locales pour démocratiser l’épargne et l’investissement via mobile.

Utilisateur de mobile money dans un marché de Ouagadougou
Au Burkina Faso, le mobile money reste principalement utilisé pour les transferts, tandis que l'épargne et l'investissement peinent à décoller.. Illustration IA par BNTIC News

Cette évolution s’inscrit dans un contexte où l’Afrique subsaharienne, avec plus de 500 millions d’utilisateurs de mobile money, représente le plus grand marché mondial de services financiers mobiles. Pourtant, selon la Banque mondiale, seulement 15 % des adultes en Afrique subsaharienne épargnent via des canaux formels. Un chiffre qui illustre l’ampleur du chantier à venir.

Détention d'un compte (15 ans et +) — BFA, GHA, KEN, NGA
Évolution de la détention de comptes mobiles au Burkina Faso, Ghana, Kenya et Nigeria, illustrant l'avance du Ghana mais aussi le potentiel inexploité de l'épargne et de l'investissement.
Détention d'un compte (15 ans et +) — %. Graphique généré via bntic.com/data/. Source : Banque mondiale (CC BY 4.0), interrogée par BNTIC FasoData le 04/09/2026. Pays : BFA = Burkina Faso ; GHA = Ghana ; KEN = Kenya ; NGA = Nigéria.

Pour le Burkina Faso, cette transition représente une opportunité unique de consolider son avance en matière d’inclusion financière. Avec un taux d’accès à l’électricité de 60 % et une couverture mobile quasi totale, le pays dispose des infrastructures nécessaires pour développer des services financiers digitaux plus sophistiqués. Les acteurs locaux, soutenus par des initiatives comme le MTN Group Fintech Annual Summit, pourraient ainsi jouer un rôle clé dans cette nouvelle phase de maturation du secteur.

Les prochaines étapes ? Des campagnes de sensibilisation ciblées, des produits adaptés aux besoins des populations rurales et urbaines, et une collaboration renforcée entre opérateurs, banques et régulateurs. Une dynamique qui, si elle est bien menée, pourrait faire du Burkina Faso un modèle de mobile money utile, bien au-delà des simples transferts.

Source : TechTrends (Kenya)

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Sources et références

Sources consultées pour vérifier ce contenu :

  1. Africa’s mobile money industry is looking beyond user numbers  TechTrends (Kenya)
QR code de partage — Mobile money en Afrique : l'heure de la profondeur plutôt que de l'expansion
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