Avec plus de 38 000 requêtes ChatGPT équivalant à la production d’une seule amande en Californie, l’empreinte hydrique des data centers s’impose comme un sujet brûlant pour l’Afrique, où la transition numérique bat son plein. Selon OpenAI, cette comparaison illustre les défis croissants liés à la consommation d’eau des infrastructures technologiques, alors que le continent mise sur l’intelligence artificielle et le cloud pour réduire sa dépendance aux technologies étrangères.


Pourtant, les chiffres avancés par Sam Altman, PDG d’OpenAI, lors d’un entretien sur le podcast Sources le 3 septembre 2026, soulèvent des questions. Il y affirme que « pour 38 000 requêtes ChatGPT, la quantité d’eau utilisée équivaut à celle nécessaire à la production d’une amande en Californie ». Une comparaison qui, bien que frappante, s’inscrit dans un débat plus large sur l’impact environnemental des infrastructures numériques. Altman ajoute que les data centers modernes consomment « pas plus d’eau qu’un bâtiment de bureaux classique », une affirmation qui contraste avec les alertes lancées par d’autres experts sur les besoins en refroidissement des serveurs.
Des chiffres qui divisent, mais un enjeu commun
Les données disponibles révèlent des écarts significatifs. Une analyse publiée cette semaine par Technext Nigeria rappelle que les data centers consomment en moyenne 95 gallons d’eau par mégawatt-heure d’énergie utilisée aux États-Unis, un chiffre qui pourrait varier selon les technologies employées. À l’inverse, les estimations d’OpenAI suggèrent que chaque requête ChatGPT ne nécessiterait que 1 à 50 millilitres d’eau avec des systèmes de refroidissement modernes, contre des volumes bien plus élevés pour l’entraînement de modèles comme GPT-3, estimé à près de 185 000 gallons d’eau pour les anciennes infrastructures.
Ces contradictions reflètent une réalité complexe : si les data centers récents optimisent leur consommation, leur expansion rapide, notamment en Afrique où la demande en services cloud explose, pourrait aggraver les tensions sur les ressources hydriques locales. Avec une croissance annuelle de 15 % du trafic internet sur le continent, selon l’Union internationale des télécommunications, la question n’est plus de savoir si l’eau sera un frein, mais comment l’anticiper.

Accès à l'électricité — %. Graphique généré via bntic.com/data/. Source : Banque mondiale (CC BY 4.0), interrogée par BNTIC FasoData le 05/09/2026. Pays : BFA = Burkina Faso ; NER = Niger ; MLI = Mali ; SEN = Sénégal ; GHA = Ghana.
Comme le montre le graphique ci-dessus, l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne reste inégal, avec des disparités marquées entre zones urbaines et rurales. Une situation qui complique l’adoption de solutions de refroidissement alternatives, comme les systèmes à air sec ou les énergies renouvelables, pourtant essentielles pour limiter l’empreinte hydrique des data centers.
L’Afrique à la croisée des chemins
Pour le Burkina Faso, où l’accès à l’électricité atteint 50 % en milieu rural et 80 % en ville, l’enjeu est double : sécuriser une alimentation énergétique stable pour les infrastructures numériques tout en préservant les ressources en eau, déjà sous pression dans certaines régions.
« L’Afrique ne peut se permettre de reproduire les erreurs des pays industrialisés », souligne un expert. « La maîtrise des données doit aller de pair avec une gestion responsable des ressources. » Une approche qui implique des partenariats public-privé, des investissements dans la R&D locale, et une régulation adaptée pour encadrer la consommation des data centers.
Les scénarios pour 2030 divergent. Certains anticipent une multiplication par trois des data centers en Afrique, avec une consommation hydrique pouvant atteindre 1 % de l’eau disponible dans les zones les plus arides. D’autres, plus optimistes, misent sur l’innovation technologique pour diviser par dix l’empreinte des infrastructures d’ici cinq ans. Une chose est sûre : sans action concertée, le numérique africain pourrait devenir un fardeau pour ses écosystèmes.
Vers une souveraineté numérique sobre ?
Pour le Burkina Faso, où le solaire représente déjà 10 % du mix énergétique, l’intégration de data centers « verts » pourrait s’appuyer sur des micro-réseaux renouvelables, couplés à des technologies de récupération d’eau de pluie. Une approche qui, si elle est généralisée, permettrait de transformer un défi en opportunité : celle d’un numérique africain autonome, sobre et résilient.
Reste à savoir si les acteurs locaux, publics comme privés, sauront saisir cette chance. Car comme le rappelle Sam Altman : « Le futur du numérique ne se mesurera pas seulement en bits par seconde, mais aussi en litres par requête. »
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À lire aussi : Data centers : l'hégémonie américaine menacée par la course à l'énergie
Sources et références
Sources consultées pour vérifier ce contenu :
- OpenAI CEO Sam Altman says 38,000 ChatGPT queries use as much water as the production of one almond — says data centers use no more water than an office building Tom's Hardware
- Data needs water! Technext (Nigeria)
- Sierra Club Urges Texas Senate to Mandate Better Water Reporting and Planning for Data Centers & Power Plants CleanTechnica
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