À Ouagadougou, où l’ensoleillement annuel dépasse 3 000 heures, l’énergie solaire représente un levier stratégique pour l’autonomie énergétique du Burkina Faso. Pourtant, une étude publiée ce 23 septembre 2026 par le Laboratoire d’Énergies Thermiques Renouvelables (LETRE) de l’Université Joseph Ki-Zerbo révèle un défi méconnu : les dépôts d’aérosols réduisent significativement le rendement des installations photovoltaïques.

Les chercheurs ont conçu un dispositif expérimental composé de deux modules solaires monocristallins de 50 Wc, exposés aux mêmes conditions climatiques. Grâce à un système IoT embarqué capteurs, microcontrôleurs et système d’acquisition de données ils ont mesuré en temps réel la production électrique et l’impact des poussières sur les panneaux. Résultat : une baisse progressive du courant généré par le module encrassé, avec des pertes hebdomadaires de courant comprises entre 4,27 % et 9,58 %. La tension, elle, est restée stable, confirmant que la chute de performance est directement liée à l’accumulation de particules.
En termes de production d’énergie, les pertes hebdomadaires atteignent 8,65 % à 19,50 % pendant les heures d’ensoleillement maximal. Les auteurs soulignent une aggravation des pertes au fil des jours, ainsi qu’une variabilité accrue de l’effet de l’encrassement. Leur conclusion : « L’importance d’un monitoring continu et autonome des systèmes photovoltaïques, notamment dans les environnements sahéliens soumis à des épisodes de poussière fréquents. »
Un enjeu de souveraineté énergétique pour le Sahel
Cette étude, menée en collaboration avec le Laboratoire de Physique de l’Atmosphère et de l’Océan Siméon-Fongang de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, s’inscrit dans un contexte où le solaire photovoltaïque est appelé à jouer un rôle central dans l’accès à l’électricité au Burkina Faso. Avec un taux d’accès à l’électricité estimé à 50 % en 2026 (source : FasoData), les pertes liées à l’encrassement des panneaux représentent un coût caché pour les ménages et les opérateurs. Les auteurs rappellent que « les pertes de production surviennent précisément pendant les heures où l’ensoleillement est maximal, réduisant l’efficacité des installations au moment où elles devraient être les plus productives. »
Les résultats ne permettent pas d’extrapoler ces chiffres à l’ensemble du territoire burkinabè, ni de généraliser à d’autres régions sahéliennes. Les auteurs précisent que « des études complémentaires, incluant des données sur plusieurs années et différents types de modules, seraient nécessaires pour affiner ces estimations. »

Rayonnement solaire (surface), en kWh/m²/j. Graphique généré via bntic.com/data/. Source : NASA (Langley Research Center) (Domaine public (NASA)), interrogée par BNTIC FasoData le 12/10/2026. Pays : BFA = Burkina Faso.
Publiée dans le Journal of Applied Physical Science International sous licence Creative Commons, cette étude est accessible en accès ouvert. Les données brutes et le protocole expérimental sont détaillés dans la publication, permettant à d’autres équipes de reproduire ou d’adapter la méthodologie.

Pour les acteurs du secteur solaire au Burkina Faso, cette étude souligne l’urgence de mettre en place des protocoles de nettoyage régulier et d’intégrer des systèmes de monitoring IoT dans les installations. Une piste pour optimiser le rendement des parcs solaires, alors que le pays mise sur les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance aux importations d’énergies fossiles.
Reste une question ouverte : comment adapter les infrastructures existantes pour limiter l’impact des poussières, sans alourdir les coûts de maintenance ? Une réponse qui pourrait faire l’objet de prochaines recherches.
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