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Il y a des chiffres qui racontent une bascule. Ethio Telecom vient d'en aligner plusieurs. L'opérateur public éthiopien a clôturé son exercice 2025-2026 sur un chiffre d'affaires de 215,8 milliards de birrs, soit environ 1,337 milliard de dollars, en progression de 33,2 % sur un an. Présenté le jeudi 23 juillet par la directrice générale Frehiwot Tamiru, ce résultat couvre 99,7 % de l'objectif annuel. Le parc d'abonnés, lui, atteint 90,1 millions, dépassant la cible de 1,7 point. Pour un opérateur longtemps décrit comme le dernier grand monopole télécoms d'Afrique, la démonstration est nette : la croissance ne vient plus de la voix, mais de la donnée, du paiement et de l'identité numérique.

Le cœur du réacteur porte un nom : Telebirr. La plateforme de services financiers numériques a traité, depuis son lancement, plus de 9 130 milliards de birrs de transactions cumulées, dont 4 190 milliards sur le seul dernier exercice. Autrement dit, près de la moitié du volume historique a été générée en douze mois. Les services de crédit et de microfinance adossés à Telebirr revendiquent 21,64 millions de clients, tandis que la place de marché Zemen Gebeya a enregistré 340,3 millions de birrs d'échanges. Le schéma est désormais familier de Nairobi à Abidjan : l'opérateur télécoms devient une infrastructure financière, et le portefeuille mobile devient la porte d'entrée de l'économie formelle pour des dizaines de millions de personnes exclues du système bancaire classique.

Cette montée en puissance repose sur un effort d'investissement massif. Ethio Telecom a consacré 76 milliards de birrs au développement de ses infrastructures sur l'exercice. L'opérateur a déployé 603 nouvelles stations de base, portant le total à 10 613, et installé 246 sites 4G supplémentaires pour atteindre 1 200 sites, avec un taux de couverture national de 82,2 %. La 5G est désormais disponible dans 33 villes et la connectivité a été étendue à 117 districts ruraux, offrant à environ 1,5 million de personnes supplémentaires un accès à des services numériques de meilleure qualité. Ce dernier point mérite d'être souligné : dans un continent où la fracture entre métropoles et zones rurales reste le principal frein à l'inclusion, chaque district raccordé compte davantage qu'une antenne de plus dans une capitale déjà saturée.

Pour le Burkina Faso et l'espace UEMOA, la trajectoire éthiopienne fonctionne comme un miroir. Lors de la quatrième édition du SIPEN-UEMOA, tenue à Ouagadougou à la mi-juillet 2026, Antoine Ngom, président du ROP-TIC, rappelait que le taux d'inclusion financière dans l'Union est passé de 37 % à près de 74 % en dix ans, avec près de 249 millions de comptes de monnaie électronique. Mais il pointait aussi la face sombre du tableau : à peine 31 % de ces comptes sont réellement actifs, et moins de 5 % des financements bancaires s'orientent vers le numérique. Ethio Telecom apporte un élément de réponse : c'est l'intensité d'usage, et non le simple nombre de comptes ouverts, qui transforme un indicateur statistique en économie réelle.

Reste la question qui fâche, celle du modèle. Ethio Telecom demeure un opérateur d'État en cours d'ouverture progressive à la concurrence. Sa réussite illustre la puissance d'un acteur intégré capable d'aligner réseau, paiement et identité numérique sous une même gouvernance. Elle interroge aussi : jusqu'où un champion national peut-il croître sans qu'une régulation robuste ne garantisse l'interopérabilité, la protection des données personnelles et la liberté de choix des usagers ? Le débat traverse tout le continent, du Grand Salon de la Data d'Ouagadougou au Cyber Africa Forum de Cotonou.

Ce que confirme l'exercice éthiopien, c'est que la souveraineté numérique africaine ne se décrète pas dans les colloques : elle se construit en stations de base, en kilomètres de fibre, en districts ruraux raccordés et en transactions quotidiennes. Un milliard de dollars de revenus, cela signifie surtout des marges réinvestissables localement, une capacité d'achat de capacité de calcul et, à terme, la possibilité de financer des modèles d'intelligence artificielle entraînés sur des données africaines. C'est très exactement le chemin que le Burkina Faso trace avec son Plan d'action national sur l'intelligence artificielle 2026-2028 et ses chantiers de mini-datacenters. La leçon d'Addis-Abeba tient en une phrase : l'infrastructure d'abord, les algorithmes ensuite.

 

SOURCE

Média : Agence Ecofin — Samira Njoya

Date de publication : 26 juillet 2026

Lien : https://www.ecofinagency.com/news-digital/2607-57725-ethio-telecom-posts-33-revenue-growth-for-fy2025/2026-on-digital-services-expansion