Entre le 17 septembre et le 17 octobre 2026, seize publications africaines en intelligence artificielle (IA) ont été recensées par Research Africa (BNTIC). Ce recensement bibliographique automatique, établi à partir de sources ouvertes comme Crossref et Europe PMC, révèle une dynamique de recherche locale marquée par une collaboration internationale et des applications variées.

Les travaux couvrent des domaines aussi divers que la biomécanique sportive, la santé cardiovasculaire, la primatologie ou encore la pharmacovigilance. Parmi les pays les plus actifs, l’Égypte et l’Afrique du Sud se distinguent avec trois publications chacun, suivis du Maroc (2), du Soudan, de Djibouti, de la Tunisie, du Rwanda et du Gabon (1 chacun). Une notice est affiliée à plusieurs pays africains, soulignant l’importance des partenariats transfrontaliers.
Des thématiques ancrées dans les besoins locaux
Les sous-thèmes identifiés reflètent des enjeux concrets pour le continent. En santé, l’IA est mobilisée pour analyser des cohortes comme African-PREDICT ou pour améliorer le diagnostic par imagerie, comme le montre une étude publiée dans Dentistry Journal. En sport, une équipe tunisienne a cartographié l’impact de l’IA dans l’analyse biomécanique, avec une croissance annuelle de 12,05 % des publications sur le sujet depuis 2015. En primatologie, des chercheurs gabonais ont utilisé des modèles génératifs pour étudier les préférences visuelles des mandrills, ouvrant des pistes pour l’étude des comportements animaux.
La pharmacovigilance n’est pas en reste : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’International Society of Pharmacovigilance (ISoP) ont publié une mise à jour de leur curriculum 2026, intégrant l’IA, les données réelles et la communication des risques. Ce document, fruit d’une collaboration internationale de 82 contributeurs, propose un cadre structuré pour former les professionnels de santé à l’ère du numérique.
Ces travaux s’inscrivent dans une logique de souveraineté technologique africaine. Comme le souligne le recensement, 100 % des notices sont en accès ouvert, favorisant la diffusion des connaissances et l’innovation locale. Les institutions les plus actives, comme l’Université de Mansoura en Égypte ou l’Université de Monastir en Tunisie, illustrent cette capacité à produire des recherches de haut niveau tout en répondant à des besoins régionaux.
Un potentiel à transformer en opportunités
Pour le Burkina Faso et l’Afrique de l’Ouest, ces avancées offrent des leviers concrets. L’IA peut renforcer les systèmes de santé, comme le suggère l’étude sur les cohortes africaines, ou optimiser la gestion des ressources naturelles, un enjeu clé pour les pays sahéliens. Les outils d’analyse automatisée, comme ceux développés pour l’imagerie médicale ou la pharmacovigilance, pourraient être adaptés aux contextes locaux, où les infrastructures sont parfois limitées.

Utilisateurs d'Internet, en %. Graphique généré via bntic.com/data/. Source : Banque mondiale (CC BY 4.0), interrogée par BNTIC FasoData le 17/10/2026. Pays : BFA = Burkina Faso ; EGY = Égypte ; ZAF = Afrique du Sud ; MAR = Maroc.
Comme le montre le graphique ci-dessous, l’accès à l’électricité et aux infrastructures numériques reste un facteur clé pour tirer parti de ces innovations. Au Burkina Faso, où l’accès à l’électricité atteint environ 50 % de la population, l’IA pourrait être un accélérateur de développement, à condition de renforcer les capacités locales et les partenariats.
Les prochaines étapes pour le continent incluent la formation des talents, l’investissement dans les infrastructures et la création de plateformes collaboratives. Les outils comme BNTIC ModelFinder Africa permettent déjà d’identifier des modèles d’IA adaptés aux besoins africains, tandis que des initiatives comme BNTIC eLearning offrent des parcours de formation pour maîtriser ces technologies.
Perspectives : vers une IA africaine souveraine
Les travaux publiés en septembre-octobre 2026 dessinent une feuille de route pour une IA africaine, ancrée dans les réalités locales et tournée vers l’impact. Les domaines de la santé, du sport et de la gestion des données montrent que l’innovation n’est pas l’apanage des pays du Nord. En capitalisant sur ces dynamiques, l’Afrique peut non seulement réduire sa dépendance technologique, mais aussi devenir un acteur clé de la recherche mondiale en IA.
Pour les décideurs, les chercheurs et les entrepreneurs, l’enjeu est double : soutenir les initiatives existantes et créer les conditions pour que ces travaux se transforment en solutions concrètes. Comme le rappelle le curriculum de l’OMS et de l’ISoP, « la formation et l’adaptation aux contextes locaux sont essentielles pour que l’IA devienne un levier de développement ».
Reste à voir comment ces avancées se traduiront dans les politiques publiques et les stratégies industrielles. Une chose est sûre : l’Afrique a les talents, les idées et les besoins pour faire de l’IA un outil au service de son développement.
En attendant, les seize publications de ce mois d’octobre 2026 sont un signal fort : l’Afrique innove, et ses chercheurs sont prêts à relever les défis de demain.
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À lire aussi : Recherche scientifique 2026 : l’IA explicable booste l’efficacité des panneaux solaires
Sources et références
Sources consultées pour vérifier ce contenu :
- Recensement Research Africa : Intelligence artificielle, du 17/09/2026 au 17/10/2026 Research Africa (BNTIC), recensement bibliographique
- Artificial intelligence in sports biomechanics Amr Chaabeni et al. (Medicine)
- Fibrosis-4 index and cardiac remodelling in the general population: The STANISLAS and African-PREDICT cohorts Nelson Wang et al. (American Journal of Preventive Cardiology)
- Animation, but not facial femininity, increases attention to female faces in male mandrills Nicolas Martin Dibot et al. (Royal Society Open Science)
- From Panoramic Radiographs to AI-Assisted Radiographic Periodontal Charting: Current Evidence and Future Perspectives Lluís Brunet-Llobet et al. (Dentistry Journal)
- The WHO-ISoP Pharmacovigilance Curriculum: 2026 Update Jürgen Beckmann et al. (Drug Safety)
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