C'est une première mondiale qui repousse les frontières entre l'intelligence artificielle et les sciences du vivant. Des scientifiques de l'Université de Stanford, en Californie, et de l'Arc Institute ont utilisé une forme nouvelle d'intelligence artificielle générative pour concevoir des virus spécialisés capables de traquer et de tuer des bactéries nocives. L'étude, publiée dans la revue Science ce jeudi 6 août 2026, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d'antibiotiques conçus pour vaincre les « superbactéries » résistantes aux médicaments, l'un des plus grands défis sanitaires du XXIe siècle.

Au cœur de cette prouesse, le modèle d'IA Evo 2. Entraîné sur des millions de génomes naturels issus du monde entier, ce système a appris la « grammaire » complexe qui rend une séquence d'ADN fonctionnelle. Fort de cette compréhension, il a conçu les plans génétiques de bactériophages, ces virus qui s'attaquent exclusivement aux bactéries. Les chercheurs ont ensuite synthétisé ces plans en laboratoire et les ont injectés dans des bactéries pour vérifier leur viabilité. Résultat : seize de ces génomes ont donné naissance à de nouveaux virus parfaitement viables, dont certains se sont révélés aussi résistants que les virus naturels.

Une chercheuse visualise la modélisation d'un virus conçu par IA dans un laboratoire de Californie. illustration IA

Plus impressionnant encore, les tests ont montré qu'un mélange de seize virus jugés « exceptionnellement performants » permettait d'éliminer rapidement des bactéries E. coli déjà immunisées contre les phages naturels. C'est l'argument clé de cette approche. Comme l'explique Brian Hie, ingénieur chimiste à Stanford et co-auteur de l'étude : si les bactéries deviennent résistantes à un seul virus, le traitement perd son efficacité. Mais un cocktail de plusieurs virus génétiquement distincts rend beaucoup plus difficile pour les bactéries de développer une résistance d'ensemble. L'enjeu est considérable : la résistance aux antibiotiques tue des centaines de milliers de personnes chaque année dans le monde.

L'IA Evo 2 génère des séquences d'ADN : la « grammaire » du vivant déchiffrée par la machine. illustration IA.

Mais cette percée ne soulève pas que des espoirs. Le modèle Evo 2 est mis à disposition de tous, en libre téléchargement, ce qui alimente les débats sur la biosécurité. La crainte principale : que des acteurs malveillants utilisent des versions modifiées de l'outil pour concevoir des agents biologiques dangereux. Plus de cent chercheurs ont signé une lettre ouverte rappelant que, si l'accès libre aux données a accéléré les découvertes, une petite partie des nouvelles données biologiques présente des risques en cas de mauvaise utilisation. L'équipe d'Evo 2 avait d'ailleurs retiré, dès février 2025, les agents pathogènes infectant l'être humain de ses jeux de données, afin de prévenir le développement d'armes biologiques.

Pour Simon Clarke, professeur associé en microbiologie à l'Université de Reading, au Royaume-Uni, il faut toutefois relativiser : les agents pathogènes naturels représentent aujourd'hui un risque plus important que ceux conçus par l'IA, car ils sont plus faciles à obtenir. Les auteurs de l'étude estiment que la biologie conçue par l'IA offre un avantage décisif : la possibilité d'intégrer directement des dispositifs de sécurité dans le processus de conception. À terme, cette technologie pourrait cibler d'autres bactéries redoutables, comme celles responsables de la tuberculose ou du staphylocoque doré résistant à la méticilline, responsable de nombreuses infections hospitalières.

Cette révolution discrète illustre à quel point l'intelligence artificielle dépasse désormais le seul monde du numérique pour s'immiscer au cœur même du vivant. Entre promesses thérapeutiques et questions éthiques, la société devra trouver le juste équilibre pour que cette puissance de création soit mise au service de l'humanité.

Microscopie : des bactériophages conçus par IA attaquent des bactéries résistantes (thérapie phagique). illustration IA

 

Source : Euronews / étude publiée dans la revue Science (Université de Stanford & Arc Institute)

Lien : https://fr.euronews.com/sante/2026/08/07/des-scientifiques-creent-les-premiers-virus-concus-par-ia-contre-les-superbacteries-resist

Date : 6 / 7 août 2026

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