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Dans la course mondiale à l’informatique quantique, les qubits de spin sur silicium ont longtemps occupé une place périphérique. Les projecteurs se braquaient surtout sur les circuits supraconducteurs de Google ou d’IBM, ainsi que sur les architectures à atomes neutres. Pourtant, les publications du 29 juillet 2026 dans Nature obligent à revoir cette hiérarchie un peu trop vite figée. La piste du silicium, souvent jugée prometteuse mais lente, vient de signer une remontée spectaculaire.

                                                    Image d'illustration générée par IA

Le signal le plus fort vient d’HRL Laboratories, en Californie. L’équipe a présenté un processeur quantique en silicium doté d’une architecture intégrée capable d’héberger jusqu’à 18 qubits de spin, associés à un contrôleur cryogénique CMOS et à un câblage supraconducteur dense. En parallèle, QuTech, aux Pays-Bas, a publié des résultats marquants sur un dispositif plus compact. Nature souligne surtout un point décisif : les taux d’erreur ont été abaissés à environ 0,2 % pour certaines opérations complexes, soit une rupture nette par rapport à l’état de l’art d’il y a seulement quelques années.

Pourquoi cette avancée compte-t-elle autant ? Parce que le silicium parle le langage de l’industrie. Les qubits de spin reposent sur des méthodes de fabrication parentes de celles des puces classiques. En théorie, cela les rend plus compatibles avec les chaînes de production existantes et plus aptes à une montée en échelle manufacturière. L’autre verrou concernait le contrôle : relier efficacement un grand nombre de qubits sans noyer la machine sous le bruit ni sous un excès de câbles. L’intégration d’un contrôleur cryo-CMOS et d’un câblage supraconducteur à haute densité répond précisément à cette inquiétude.

Il ne faut pas pour autant conclure que le match est gagné. En nombre de qubits, les qubits de spin restent derrière plusieurs concurrents. Les plateformes supraconductrices dépassent déjà la centaine de qubits, tandis que certaines approches à atomes neutres se comptent en milliers. Mais la compétition quantique ne se joue pas sur le seul volume. Elle repose aussi sur la fidélité des opérations, la qualité du contrôle, la correction d’erreurs et la possibilité de transformer un prototype de laboratoire en architecture stable, répétable et industrialisable.

C’est ici que la publication change l’atmosphère du secteur. En montrant qu’une architecture sur silicium peut progresser simultanément en qualité, en intégration et en compatibilité industrielle, HRL et ses partenaires redonnent de la crédibilité à une voie qui ressemblait parfois à un pari de patience. Le fait qu’IBM ait annoncé l’acquisition d’HRL peu auparavant ajoute une lecture économique : les grands acteurs croient visiblement que cette branche peut devenir stratégique pour la prochaine phase du marché.

Pour l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord, cette percée rappelle une chose essentielle : la guerre quantique reste ouverte. Aucun camp n’a verrouillé définitivement la future architecture dominante. Si les qubits de spin continuent d’améliorer leurs erreurs tout en conservant l’avantage d’une filiation avec l’industrie du semi-conducteur, ils pourraient devenir bien plus qu’une alternative élégante. Ils pourraient s’imposer comme l’une des routes les plus crédibles vers des machines utiles, fabriquables à grande échelle et, enfin, économiquement défendables.

 

Source

Source : Nature
Titre original : Underdog “spin qubits” leap forward in race to a useful quantum computer
Date : 29/07/2026
Lien : https://www.nature.com/articles/d41586-026-02357-z