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L'intelligence artificielle sera-t-elle une chance ou un mirage pour l'Afrique ? Dans un rapport publié cette semaine, le Fonds monétaire international (FMI) tranche avec prudence : bien exploitée, l'IA pourrait accroître la production économique de l'Afrique subsaharienne de près de 4 % au cours de la prochaine décennie. Mais dans les conditions actuelles, le gain risque de plafonner à 0,2 % — ce que l'auteur principal du document, Martin Schindler, qualifie sans détour d'« erreur d'arrondi ». C'est dans cet écart vertigineux que se jouera l'avenir numérique du continent.
Le paradoxe africain est saisissant. Tandis que les États-Unis et l'Europe redoutent les emplois que l'IA pourrait supprimer, l'Afrique fait face au défi inverse : la technologie pourrait ne pas se diffuser assez largement pour générer des gains significatifs. La majorité des travailleurs du continent œuvrent dans l'agriculture, le commerce informel et les services manuels, peu exposés au remplacement direct. Mais ils ne sont pas protégés pour autant : un concurrent étranger plus productif grâce à l'IA suffit à les fragiliser.
Le talon d'Achille reste l'infrastructure. Environ la moitié de l'Afrique subsaharienne manque encore d'électricité fiable, et seulement 38 % des Africains utilisaient Internet en 2024, contre 68 % à l'échelle mondiale. Beaucoup vivent dans des zones couvertes par le haut débit mobile mais restent hors ligne, faute de smartphones ou de forfaits abordables. Ce fossé entre couverture et usage réel est devenu un véritable « fossé de l'IA ».
Le scénario optimiste du FMI suppose donc que l'IA dépasse le cercle des banques, des télécoms et des startups bien financées pour atteindre les petites entreprises et les travailleurs informels. Cela exige des produits pensés pour les réalités locales : assistants vocaux comprenant les langues africaines, outils intégrés à WhatsApp, applications fonctionnant sur des appareils bon marché et des connexions intermittentes. À l'image du mobile money, qui a triomphé en s'appuyant sur les téléphones et les réseaux d'agents existants, l'IA devra inventer sa propre adaptation.
Enfin, le continent compte environ 160 centres de données, dont près de la moitié concentrés en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya. Cette concentration fait planer le risque d'une économie de l'IA à deux vitesses. Pour l'éviter, le FMI plaide pour une coopération régionale renforcée : mutualiser les infrastructures, harmoniser les cadres réglementaires et bâtir des marchés plus vastes. La place de l'Afrique dans la course mondiale se jouera peut-être moins dans les laboratoires que dans les lignes électriques et la fibre optique.
SOURCE & LIEN
Source : Tech in Africa (techinafrica.fr) — d'après un rapport du FMI / Reuters
Lien : https://www.techinafrica.fr/fmi-lafrique-doit-seclairer-pour-le-potentiel-de-lia/
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