Minuit, samedi 1er août 2026. Les caméras de vidéoprotection de Ouagadougou basculent en mode opérationnel. En douze heures à peine, le système national de e-verbalisation détecte 1 099 infractions au Code de la route, sans qu'un seul agent ne se déplace sur le terrain. Le Burkina Faso vient d'entrer, à sa manière, dans l'ère du contrôle routier piloté par l'intelligence artificielle.

Caméras de vidéoprotection équipées d'IA au-dessus d'un carrefour de Ouagadougou (illustration IA BNTIC News).

Ce tournant s'inscrit dans le programme Smart Burkina Faso, engagé dès 2023 avec le lancement de la plateforme e-Contravention, qui avait introduit le paiement numérique des amendes afin de réduire les manipulations d'espèces et les risques de corruption lors des contrôles. La nouvelle étape, la vidéoverbalisation, ajoute une couche automatisée : le constat de l'infraction quitte la route pour basculer dans les systèmes numériques. Après une phase pilote ouverte le 7 avril 2026, le dispositif est entré officiellement en service le 1er août dans la capitale.

Concrètement, le système repose sur des caméras haute définition adossées à des algorithmes d'intelligence artificielle capables de détecter automatiquement quatre infractions prioritaires : le franchissement des feux tricolores, le non-port de la ceinture de sécurité, l'usage du téléphone tenu en main au volant et les excès de vitesse. Les caméras lisent également les plaques d'immatriculation et identifient les propriétaires des véhicules. Toutes les données convergent vers un centre de supervision national (Network Operating Center), présenté fin juillet par le ministère de la Sécurité, où de nombreux écrans permettent de suivre en temps réel la circulation et les infractions. Le système est interconnecté avec plusieurs bases de données publiques, dont la Direction générale des transports terrestres et maritimes, e-Contravention et Faso Arzeka, la plateforme nationale de paiements numériques.

Le bilan des douze premières heures témoigne de l'opérationnalité de l'ensemble. Entre minuit et midi, 1 099 infractions ont été détectées et cinq contrevenants avaient déjà réglé leur amende via Faso Arzeka. Le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, s'est rendu sur place à midi pour constater le fonctionnement du dispositif et encourager les équipes mobilisées. Le processus est simple pour l'usager : une fois l'infraction validée, le propriétaire du véhicule reçoit un SMS précisant les références de la contravention et contenant un lien de paiement. En cas de non-paiement dans un délai d'un mois, le véhicule peut être immobilisé lors d'un contrôle routier ou de la visite technique.

Le centre de supervision national où convergent, en temps réel, les données des caméras (illustration IA BNTIC News).

L'enjeu est avant tout humain. Lors de la phase pilote, les autorités avaient indiqué que la Brigade nationale des sapeurs-pompiers avait recensé 15 614 accidents en 2025, entraînant 20 617 évacuations sanitaires et 345 décès. En automatisant la surveillance des comportements dangereux, le gouvernement veut renforcer la régularité des contrôles, améliorer la traçabilité des infractions et disposer, à terme, de données plus précises sur les usagers et la circulation.

Au-delà de la sanction, la e-verbalisation se veut un outil de prévention destiné à renforcer le civisme routier. Mais cette première africaine soulève aussi des questions de fond : protection des données personnelles, transparence des algorithmes, acceptabilité sociale d'une surveillance automatisée, ou encore cybersécurité des infrastructures critiques qui collectent désormais des millions de données sensibles. Des interrogations que d'autres pays de la sous-région, comme les Seychelles qui testent un dispositif similaire, devront trancher.

À Ouagadougou, le contrôle routier est entré dans l'ère du big data. La technologie ne se contente plus d'enregistrer les comportements : elle intervient dans toute la chaîne, de la détection de l'infraction jusqu'au paiement de l'amende. Reste à mesurer l'essentiel : la baisse des accidents et les vies épargnées sur les routes de la capitale.

Notification et paiement de l'amende en ligne via la plateforme numérique (illustration IA BNTIC News).

 

SOURCE & LIEN

Source principale : lefaso.net — « Burkina/Effectivité de la e-verbalisation ce 1er Août 2026 : Entre 00 h 00 et 12 h 00, le système a détecté 1 099 infractions au Code de la route » — publié le 2 août 2026 à 21h40  https://lefaso.net/spip.php?article148326
Source complémentaire : WeAreTech Africa — « Burkina Faso : des caméras intelligentes pour surveiller les infractions routières à Ouagadougou » — 30 juillet 2026 — https://www.wearetech.africa/fr/fils/actualites/tech/burkina-faso-des-cameras-intelligentes-pour-surveiller-les-infractions-routieres-a-ouagadougou
https://lefaso.net/spip.php?article148326