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Gouvernance des données et intelligence artificielle dans les universités africaines : enjeux de souveraineté et modèles contextualises, le cas des universités publiques togolaise

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Résumé : La vague numérique qui traverse les universités africaines s’accompagne d’un flux croissant de données – académiques, administratives, scientifiques – dont le volume ne cesse de s’amplifier. L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une promesse : celle d’une gestion plus fine et d’une meilleure valorisation de ces masses d’informations. Pourtant, les modèles d’IA qui circulent aujourd’hui sont pour l’essentiel conçus dans des contextes nordiques, avec leurs propres références culturelles et leurs présupposés épistémiques. Le risque est grand, dès lors, qu’ils passent à côté des réalités locales, voire qu’ils les rendent invisibles. Cet article interroge les conditions d’une intégration souveraine et éthique de l’IA dans les universités publiques togolaises (UPT), à partir d’une enquête empirique sur la gouvernance des données. Un design mixte séquentiel explicatif a été déployé, combinant 45 entretiens semi-directifs et un questionnaire administré à 386 répondants à l’Université de Lomé et à l’Université de Kara. Nos résultats mettent en évidence des déficits profonds et largement partagés, que ce soit en matière de qualité des données (moyenne E1 = 3,07/5), de sécurité (D2.3 = 2,31) ou de valorisation stratégique (E2.4 = 3,05, contre E2.2 = 4,55 pour le potentiel perçu). Trois paradoxes nous semblent particulièrement révélateurs des tensions à l’œuvre. D’abord, un écart considérable entre ce que les acteurs perçoivent comme le potentiel des données et ce qu’ils en font concrètement. Ensuite, une inquiétude réelle pour la sécurité qui ne s’accompagne d’aucune mesure à la hauteur des risques. Enfin, une forte demande de solutions locales (DS3 = 4,25), qui pourtant ne se traduit dans aucune corrélation significative avec les dimensions organisationnelles ou techniques – comme si cette aspiration restait lettre morte. Face à ce constat, nous proposons un modèle de gouvernance des données à la fois frugal, progressif et souverain, articulé autour de quatre piliers : des politiques formelles claires, l’adoption de standards ouverts, le renforcement des compétences et une architecture technique évolutive respectueuse de la souveraineté. Ce modèle vise à poser les bases d’une IA réellement contextualisée, en tenant compte des ressources limitées des UPT, de leur culture organisationnelle et du cadre réglementaire togolais. Il souligne enfin la nécessité d’une approche située, qui reconnaît la partialité inhérente à toute connaissance et s’appuie sur les savoirs locaux pour élaborer des solutions adaptées. En proposant une voie pragmatique pour concilier innovation technologique et autonomie institutionnelle, cette contribution entend prendre part aux débats actuels sur la souveraineté numérique et la transformation des universités africaines. Mots-clés : Gouvernance des données, Intelligence artificielle, Universités africaines, Souveraineté numérique, Togo

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