Dynamique de la déforestation et de la conversion agricoles des terres forestières
Résumé fourni par la source
Depuis plus de 10 ans, toutes les études menées dans le bassin du Congo aboutissent à la même conclusion : plus de 85% de la déforestation est due à l'expansion de l'agriculture familiale au travers de la technique de l'abattis-brulis (BRLi, 2016; Masolele et al., 2024; Shapiro et al., 2023). En République du Congo, selon les enquêtes du PUDT, plus de 80% des agriculteurs pratiquent l'abattis-brulis et la jachère afférente, aussi bien en forêt qu'en savane. La présente étude vise à estimer la surface actuellement consacrée à l'agriculture et à retracer l'évolution des surfaces forestières converties à l'agriculture depuis 1990. On appellera terre à usage agricole ou terre convertie à l'agriculture, tout espace où une mise en valeur agricole ou pastorale a pu être observée depuis l'année 1990. Ces terres ne sont pas nécessairement cultivées tous les ans mais ont pu faire l'objet d'une mise en culture dans les 35 dernières années et restent donc à usage agricole. La production des cartes et des résultats statistiques de ces travaux repose essentiellement sur les données existantes et disponibles. Trois grands types de données ont été utilisées : 1. Des données localisant les mises en culture à une date ou sur une période donnée ; 2. Des données sur l'évolution de la couverture forestière (déforestation, dégradation, conversion) 3. Des images satellites Sentinel 2 de 2023 et 2024 Ces données ont été combinées et réinterprétées afin d'en extraire les espaces ayant été cultivés au moins une fois depuis l'année 1990, les paysages végétaux, les zones déforestées par l'agriculture depuis 1990 La présente étude montre qu'en 2025, la surface à usage agricole totale en République du Congo serait de l'ordre de 2.6 M ha, ce qui représente environ 8% du territoire national. Ce chiffre est cohérent avec les 550 000 ha exploités annuellement d'après les dernières estimations de la FAO et avec une durée moyenne de jachère de l'ordre de 5 à 6 ans relevée par les enquêtes du PUDT - sources : RGA 2014-2017 (Recensement général de l'agriculture 2014-2017 du Congo, 2017) , FAOSTAT (FAO, 2023). Globalement, l'agriculture s'est installée et continue de s'installer majoritairement sur les zones de mosaïques Forêt/Savane et sur les zones de Savanes dans les départements du Pool, des Plateaux et de la Bouenza. Ces deux types de formations végétales ont supporté à elles seules plus de 1,6 M d'ha de surfaces agricoles, soit pratiquement les 2/3 des terres à usage agricole. Les défrichements agricoles en forêt dense représentent près 0,6 M d'ha soit 22% des surfaces agricoles. Ils ont eu lieu principalement dans les départements de la Likouala et de la Lékoumou et dans une moindre mesure dans le Nord du Niari et dans le Kouilou. Les défrichements agricoles en zone de marges forestières sont surtout localisés dans le département de la Cuvette, des Plateaux et du Pool. Ils représentent près de 0,4 M d'ha, soit environ 15% des surfaces agricoles ouvertes depuis 1990. L'analyse de la dynamique des défrichements met en évidence une nette accélération de la conversion des terres forestières en terres agricoles à partir des années 2000. Le taux moyen annuel absolu de conversion passe de 19 000 ha/an observé sur la période 1990–2000 à 53 000 ha/an sur la période 2000-2010.Ce taux augmente encore légèrement de 2010 à 2020 pour passer à 63 00 ha/an. Sur la période récente 2020-2024, le taux de conversion semble diminuer globalement autour de 33 000ha/an, même si dans certains départements cette diminution est assez peu marquée, notamment dans Le Pool, les Plateaux et la Cuvette1. A l'échelle nationale, le taux d'accroissement moyen annuel de la surface agricole s'est élevé de 6% à 9% sur la période 2000 – 2010, avant de revenir à 6% environ en 2020. Aujourd'hui, il semble être redescendu autour de de 2%. Sur 2010 – 2024 le taux moyen est de l'ordre de 4,4% soit un taux légèrement supérieur au taux d'accroissement moyen annuel de la population sur la même période qui serait de l'ordre de 3,2% selon les résultats du RGPH de 2023. Ainsi sur la période, il semble que l'expansion agricole en zone forestière ait cru plus vite que la population. L'analyse cartographique met en évidence 9 grandes zones de conversions aux dynamiques spécifiques : - La périphérie de Pointe Noire sur un rayon d'environ 50 km (département du Kouilou. - Le massif du Chaillu (Départements du Niari et de la Lekoumou) - Le plateau des Cataractes, au Sud-Ouest de Brazzaville (département du Pool). 1 Cette analyse ayant débuté avant le nouveau redécoupage départemental du Congo. Les départements et districts cités correspondent à l'ancien découpage administratif. 6 - L'ouest du Pool, autour des districts de Kingoué et Kindamba (Départements de la Bouenza et du Pool) - L'Alima, entre les départements du Pool et de la Cuvette. - Le nord de la Sangha autour de Ouesso (département de la Sangha) - Le Nord-Est des plateaux Bateke (entre Ngabe et Ngo) - Ewo et ses alentours - Les rives de l'Oubangui, surtout au nord d'Impfondo L'analyse des principales zones de conversion du pays permet de mettre en évidence trois grands types de causes directes et sept grandes forces motrices sous-jacentes (Geist & Lambin, 2002) qui peuvent expliquer ce phénomène. Ainsi, à l'échelle nationale, malgré une concentration toujours importante de la population dans les deux grandes métropoles que sont Brazzaville et Pointe Noire (53% de la population d'après le dernier recensement de 2023), il semble que depuis 25 ans, la conversion agricole des parcelles forestières s'est accrue à un rythme légèrement supérieur à celui de la croissance démographique sous les effets conjugués de mouvements importants de population vers des espaces forestiers (Nord Plateaux et Cuvettes) et d'une augmentation de l'agriculture marchande à destination de l'approvisionnement vivrier des villes.
Ce résumé expose les affirmations des auteurs. BNTIC ne l’interprète pas comme une validation indépendante des résultats.