Romans-sur-Isère "Loubat" : Un village de potiers des IXe-Xe siècles
Résumé fourni par la source
En périphérie de Romans-sur-Isère, un projet de centre de méthanisation porté par la société Bioteppes a conduit à une fouille archéologique sur 10 000 m2 entre septembre 2021 et février 2022. Le site a livré deux structures du premier âge du Fer (VIIe siècle avant notre ère), dont un four à pierres chauffées dans lequel a été découverte une hache à douille Launacienne dès la phase de diagnostic (dirigé par Cyril Gaillard – INRAP). Quelques découvertes de mobilier remployé ou transporté par les colluvions témoignent également de la proximité d’une occupation antique.L’occupation du site aux VIIe-VIIIe siècle de notre ère est attesté par un foyer ou four découvert sous un bâtiment postérieur. Elle est surtout caractérisée par la présence de sept sépultures et de restes humains témoignant d’autres sépultures perturbées par une fosse plus tardive. Les inhumations présentent pour partie des calages de galets, et sont caractérisées par une surreprésentation des individus immatures. Elles s’inscrivent dans un corpus de petits ensembles funéraires bien attesté pour la période.La mise au jour d’un ensemble de vingt-trois fours de potier datés des IXe-Xe siècles constitue la principale découverte de cette opération. Il s’agit des fours semi-enterrés, de 3 à 4 m de longueur, du type four à sol basse. Ils se composent d’une fosse de travail ou d’un couloir d’accès, d’un alandier marqué par des piédroits en pierre et d'une chambre de cuisson circulaire, parfois parementée de galets. La production des fours nous est connue par l’impressionnant volume céramique mis au jour sur le site, lequel a fait l’objet d’un prélèvement intégral. La production de céramique grise du site est très majoritairement composée de formes fermées, où dominent les pots sans système de préhension, correspondant au tableau déjà établi de la faible diversité typologique des productions dauphinoises autour du Xe siècle. La même forme est déclinée en cruche à becs pincés ou pontés, avec ou sans anse opposée. Pots à ouvertures quadrilobées et cruches à goulot complètent, de façon minoritaire, les formes fermées. Les formes ouvertes, plus rares et encore moins diversifiées, correspondent vraisemblablement à une diffusion relativement confidentielle. Un petit four a visiblement été utilisé pour des test techniques (céramique à cuisson oxydante avec glaçure).Les fours sont situés en bordure orientale de deux groupes de bâtiments dont sont conservées les fondations de solins de galets et molasses. Ces bâtiments, au nombre d’une vingtaine, correspondent majoritairement à de l’habitat, conservant ponctuellement des foyers domestiques. En marge orientale de ces pôles d’occupations ont également pu être identifiés deux probables ateliers de potiers. En lien avec ceux-ci quelques fosses de stockage de l’argile sont présentes sur un site par ailleurs dépourvu de fosses d’extraction ou de gisement identifiable. À une moindre échelle l’activité artisanale est également caractérisée par la présence d’un bas-fourneau et par les témoignages mobiliers d’une activité de tissage. Quelques fosses silos sont également présentes, concentrées à l’interface entre les bâtiments et les fours. Enfin trois sépultures de jeunes enfants, probablement contemporaines des fours et bâtiments, ont été mises aux jours à proximité de ceux-ci.En 2007, à moins de 2 km du site, l’aménagement du contournement nord-ouest de Romans avait déjà occasionné la découverte d’un premier ensemble de fours de potiers, lors de fouilles préventives menées sous la direction de Monique Le Nezet-Celestin (INRAP). Ces deux sites sont sinon contemporains, tout du moins très proches dans le temps. Ils montrent une spécialisation locale dans la production de céramique, témoignant d’une véritable industrie rurale. Les deux sites s’inscrivent dans l’environnement immédiat de l’abbaye Saint Barnard de Romans, et très probablement dans sa dépendance. Ils témoignent peut-être d’une modalité – limitée dans le temps – de mise en valeur du temporel de celle-ci.
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